18° DIMANCHE ORDINAIRE (B)

La publicité est une machine à fabriquer du désir…. Les produits sont présentés comme beaux, utiles, indispensables à la mode, prometteurs de facilité et de gains de temps. A l’expérience, beaucoup de ces objets, achetés fort chers se révèlent moins nécessaires que prévus et finissent par encombrer les tiroirs.

L’homme est un être de désir… Mais tout désir ne conduit pas au bonheur ou à la vie. Comment discerner et orienter ces pulsions qui nous habitent ?

L’apôtre Paul, dans la deuxième lecture exhortait les chrétiens d’Éphèse à « se défaire de l’homme ancien… corrompus par ses désirs trompeurs ». Convertis et baptisés, ces chrétiens n’en devaient pas moins continuer à lutter pour persévérer dans l’abandon de leur conduite d’avant (autrefois).

Il y a des désirs trompeurs… comme celui de revenir en arrière. Les hébreux de l’exode, tenaillés par la faim dans le désert, récriminaient contre Moïse et Aaron ; leur désir de nourriture provoquait en eux le reniement de l’aventure de liberté dans laquelle ils étaient engagés. Obnubilés par leur fringale, ils brûlaient de revenir à leur esclavage au pays d’Égypte : « Nous y étions, disaient-t-ils, assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété. »

Et dans l’évangile, la foule qui venait d’être rassasiée par un miraculeux partage ne pensait plus désormais qu’à ce pain facile : « Vous me cherchez, leur disait Jésus, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain. »

Le cœur de l’homme est ainsi fait qu’il est hanté par un bouillonnement de désirs parfois contradictoires au point de l’écarteler. Difficile de faire le tri entre les désirs qui nous détruisent et les désirs qui nous libèrent et nous construisent dans le bonheur.

Le discernement s’impose là précisément où la convoitise s’exerce le plus fortement….

Le message chrétien ne prône pas la disparition de tout appétit. Il oriente les attentes vers des objectifs qui permettent à l’être humain de se réaliser complètement dans sa vraie vocation d’homme épanoui dans sa relation avec Dieu et avec les autres.

Paul propose aux Éphésiens de se laisser guider intérieurement par un esprit nouveau… L’homme nouveau selon l’évangile n’est pas sans désir, mais il est libéré de l’emprise de la chair, de ses passions, de ses convoitises. Il peut donner libre court à ses nouvelles aspirations dont Paul énumère les fruits : charité, joie, paix, patience, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur et maîtrise de soi.

Dans l’évangile Jésus ne demande pas à la foule qui l’a suivi en quête de miracle de se désintéresser de toute nourriture matérielle. D’ailleurs lui-même s’en préoccupe en l’occurrence. Il l’invite à travailler pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle. Il perçoit mieux que quiconque la faim de Dieu inscrite dans le cœur de l’homme. Pour assouvir cette faim, il se donne lui-même comme pain de vie.

Dans notre société actuelle de production et de consommation, n’est-il pas urgent de prendre en compte la présence d’une faim spirituelle dans tout être humain sans exception quels que soient sa culture, son degré d’instruction ou même sa situation morale ?

Que proposons-nous personnellement et en Église pour répondre à cette attente humaine. Nous nous mobilisons à juste titre pour soulager la faim, la précarité. N’oublions pas la faim spirituelle de beaucoup de personnes, qui voudraient nourrir le désir d’espérer, d’aimer, de rencontrer Dieu… donner du sens à la vie.

Et nous-mêmes, chrétiens « gâtés » et parfois repus, n’avons-nous pas à creuser en nous cette faim du pain venu du ciel. Des formations, des groupes bibliques, des groupes de prière, des équipes de mouvement existent peuvent nous aider à approfondir notre quête spirituelle…même si, avec la pandémie, ces différentes propositions ont été mises en sourdine.

Nourris du pain de vie dans l’Eucharistie, nous sommes comblés de l’Amour de Dieu : de ce pain-là, nous n’aurons jamais peur d’en manquer.

Henri Gautron