Homélie - 6° dimanche de Pâques

 

« Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns et les autres… »

L’amour serait-il l’obéissance à un ordre ? Avouons que cette approche de l’amour n’est guère familière. La plupart du temps, on préfère associer l’amour à un sentiment fort et libre qui oriente vers les personnes aimées. L’amour n’est pas de l’ordre de la contrainte, mais de celui de l’élan, de l’émotion, du battement du cœur.

Pourtant c’est un commandement. Pourquoi un commandement d’amour ? Peut-être bien parce qu’aimer précisément, c’est plus qu’un sentiment - fût-il beau, sincère et pur – ; aimer, c’est aussi une tâche, une vocation, un appel. Une tâche, un appel qui est toujours au-devant de nous : ce commandement nous est donné au futur – tu aimeras -, donc toujours devant nous. Aimer, c’est la tâche, la vocation essentielle des baptisés. St Paul le dit à sa manière : « J’aurais beau parler toutes les langues de la terre… être le plus beau, le plus fort, même donner mes biens aux pauvres…. si je n’ai pas l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. »

Pourquoi l’amour est-il donc si essentiel ? Parce que, nous dit la Parole de Dieu aujourd’hui, « aimer » vient de Dieu et « aimer » fait ressembler à Dieu.

 

Aimer vient de Dieu. L’amour, un don à accueillir.

« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. » L’amour en vérité ne vient pas de nous comme s’il germait et se développait entre nous par la simple force de nos sentiments.

L’amour nous le recevons comme un cadeau… les chrétiens reconnaissent dans ce cadeau, une grâce, un don de Dieu. C’est souvent une découverte et un enrichissement pour les jeunes qui se préparent au mariage de prendre conscience que leur amour est à recevoir comme un cadeau, un cadeau à faire fructifier et aussi de pouvoir nommer la source de cet amour.

La source de tout amour vrai, nous dit l’évangile, est dans le Père qui le communique à son Fils pour que nous le recevions de lui. Jean dira dans une de ses lettres : « Aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Dieu est amour. »

Aimer, c’est un don à accueillir ; et ceux et celles, qui peinent pour aimer vraiment, pardonner, supporter l’autre, partager, mesurent la difficulté de la tâche et l’exigence de l’appel et prennent conscience qu’ils ont à demander ce don dans la prière… demander la grâce d’aimer.

 

Aimer fait ressembler à Dieu.

« Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. »

Créer à l’image de Dieu, nous sommes appelés à aimer à l’image de Dieu. Naturellement pour parvenir à cette ressemblance, une qualité d’amour est exigée. Méfions-nous des contrefaçons. Le verbe « aimer » comporte une infinité de nuances ; cela va du sublime au sordide. L’emploi du mot « aimer » dans les chansons, la littérature ou la vie quotidienne peut revêtir tellement de significations que, parfois, ce mot n’a plus aucun sens !

Mais « aimer » vraiment, gratuitement, fait ressembler à Dieu. Cet amour est à l’image de Dieu ; il est initiative, don sans attendre de retour, premier pas vers le pardon… Aimer à l’image de Dieu, c’est vouloir le bonheur de l’autre, le bonheur des autres…

Aimer fait ressembler à Dieu. Tout amour vrai nous dit quelque chose de Dieu. Chacun, chacune de nous peut par sa manière de vivre et d’aimer être signe de l’amour de Dieu, être témoin de l’amour de Dieu… Que l’on soit croyant ou non, quand nous aimons concrètement, en actes et en vérité, en couple, en famille, en servant la fraternité, dans des engagements auprès des plus démunis, nous sommes signes de l’amour de Dieu… ce que nous vivons nous dit quelque chose de Dieu. Car Dieu est amour.

Pour accéder à cette dimension de l’amour, sans doute devons-nous toujours purifier nos intentions. Dans ma vie de tous les jours, dans mes propos et mon comportement, vis-à-vis des autres, de ceux dont la tête ne me revient pas, ceux qui ne partagent pas mes idées, ma religion, ma manière de vivre, suis-je bien toujours dans le registre de l’amour ? Aimer suppose vigilance et suppose aussi de porter sur les frères et sœurs un regard positif.

Avouons que dans notre société – avec les réseaux sociaux notamment – ce n’est pas sur ce registre que nous vivons. Le mépris et la haine, malheureusement, prennent le pas sur l’accueil, le dialogue, la fraternité.

Ceci dit, même si cela ne fait pas la une des journaux, de beaux exemples d’attention aux autres, aux plus faibles, aux plus petits, de beaux exemples de fraternité existent et il convient de les mettre en valeur. Ce sont des signes de l’amour vécu.

 

Aimer : un commandement, une tâche, un appel, une vocation pour le chrétien, puisque l’amour vient de Dieu, fait ressembler à Dieu et rapproche de Dieu.

L’Eucharistie est don d’amour du Christ. Puisons à cette source la grâce d’être « fidèles à son commandement » et d’aimer comme lui nous aime.

 

Henri Gautron