Homélie 13° dimanche ordinaire ©

 

« Vous avez été appelés à la liberté »

Les trois lectures de la Parole de Dieu que nous venons d’entendre nous parlent de cette liberté des enfants de Dieu. Ceci dit, au moins pour la 1ère et l’évangile, elles sont quand même déconcertantes. En effet si nous en restons à une lecture immédiate ou simplement morale de ces lectures, nous pourrions nous dire avec justesse : Dieu exagère, il manque d’humanité... « Laissez les morts enterrer les morts... »

Revenons-en au texte. Dans le livre des Rois, nous avons le récit de l’appel d’Élisée. Élie, donc, au nom du Seigneur, va trouver Élisée pour l’appeler... Élisée est à son travail en train de labourer. Il a presque fini. Il est rendu à son 12° et dernier arpent de terre. Élie aurait pu attendre un peu qu’il finisse avant de lui parler... non. Il jette son manteau : c’est un geste qui indiquait un appel à suivre le prophète. Élisée s’arrête, réalise la portée du geste... mais quand même - et on le comprend – il souhaite aller embrasser ses parents. Voyant cela Élie lui dit : « Bon, si c’est ce que tu veux, alors considère que je n’ai rien fait ». Élisée comprend tout : pour suivre le Seigneur, il faut être libre, que rien ne nous retienne... Que fait alors Élisée ? Il s’en retourne, non pas embrasser son père et sa mère, mais offrir en sacrifice sa charrue et ses bœufs pour suivre Élie, le cœur libre.

Belle histoire biblique qui illustre la liberté du croyant, la liberté de celui qui est habité par le Seigneur.

Et l’on retrouve le même thème dans l’évangile. Jésus monte à Jérusalem. Les disciples pensent que c’est pour y être acclamé et devenir roi. Jésus pressent ce qui l’attend. Le suivre dans ces conditions n’est pas facile et demande une très grande liberté. Et c’est de cette liberté qu’il va être question dans les versets suivants :

- d’abord devant l’hostilité, celle ici des samaritains, il refuse comme le réclament ses disciples de les anéantir, de les maltraiter. La liberté de Jésus est de suivre son chemin malgré l’adversité, sans en découdre...

- suivre Jésus, c’est aussi quelque part ne pas avoir d’endroit où reposer sa tête. Jésus était SDF. Jésus n’a pas de domicile fixe. Il est libre comme l’air et il est partout chez lui et avec lui personne n’est exclu....

- « Laissez les morts enterrer les morts », formule très connue qui nous choque quelque peu dans notre culture. Si nous en faisions une simple lecture morale nous pourrions comprendre que Jésus nous demande de ne pas nous occuper de nos parents par exemple. Bien évidemment que non. Ce qui est décrit ici ce n’est pas une attitude morale, c’est une attitude de foi, c’est la liberté du croyant. L’exemple choisi montre ainsi la radicalité de cette liberté des enfants de Dieu.

- Et la dernière sentence « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume », qui termine ce récit, insiste à nouveau sur la grande liberté des enfants de Dieu. L’esprit rend libre. Il nous tourne non pas vers le passé, mais vers l’avenir… non pas vers la mort, mais vers la vie…

 

Et pour nous qu’en est-il de cette liberté des enfants de Dieu ? Sommes-nous vraiment libres ? Vivons-nous comme nous le chantons parfois, en enfants de lumière sur les chemins où l’Esprit nous conduit ?

Quand nous regardons notre vie, probablement nous voyons des attaches, des liens qui nous retiennent d’aimer notre prochain ? Nous prenons conscience de notre égoïsme, de nos enfermements. N’en soyons pas étonnés : avoir des attaches qui nous retiennent, c’est humain, ce n’est pas cela qui fait problème, ce qui fait problème, c’est de s’y complaire, c’est d’en être prisonnier…

La liberté des enfants de Dieu fait prendre des risques, regarder en avant et non en arrière. En effet, nous ne sommes pas des hommes et des femmes appelés à ressasser les vieux souvenirs. Le chrétien n’est pas un nostalgique d’un passé révolu, il est appelé à se tourner vers l’avenir. Cette liberté des enfants de Dieu, qui nous fait prendre des risques, regarder en avant, elle se cherche, elle se cultive. Elle est l’œuvre de l’esprit. Laissons-nous conduire par l’Esprit du Seigneur.

Se laisser conduire par l’Esprit du Seigneur peut prendre des chemins inattendus, C’est ce qui va nous arriver prochainement avec les nouvelles paroisses (la communauté de Nalliers rejoignant la paroisse de Luçon et l’autre partie de la paroisse faisant partie de la grande paroisse Sainte Claire de Fontenay). Même si ce n’est pas si facile de changer des habitudes, nous n’avons pas à être nostalgiques d’un passé révolu, nous avons à nous tourner vers l’avenir vers la nouvelle mission qui nous attend en faisant confiance à l’Esprit du Seigneur. C’est facile à dire… Reste à le vivre… dans la confiance et l’espérance.

 

En fait, dans cet évangile, Jésus nous invite à nous interroger sur notre vie chrétienne et à voir tous les freins qui, dans notre vie, peuvent nous empêcher d’avancer et de vivre en enfant de Dieu.

Pour vivre en enfants de lumière, il faut desserrer le frein à main, nous libérer de toutes nos attaches superficielles et ainsi suivre Jésus de bon cœur.

Oui, vivons en enfants de lumière sur les chemins où l’Esprit nous conduit.

Henri Gautron